Le maudit polyester et ses microfibres

Je ne sais pas si nous l’avons assez dit ces derniers temps, mais la mode est une industrie franchement polluante, tout aussi dégradante pour les communautés que pour l’environnement. C’est un peu pour ça que nous autres à Minuit moins cinq, on travaille le textile récupéré, que nous utilisons le vêtement usagé encore de bonne qualité comme matière première, qu’on fait du surcyclage textile. C’est vrai que y’a eu du changement, que de nouveaux textiles arrivent tranquillement sur le marché pour nous proposer une « solution » aux problèmes actuels de l’industrie, les entreprises semblent se mobiliser…

Mais là, moi j’vous dis : « Woo menute papillon ».

Y’a un éléphant dans la pièce qui, malgré les nouvelles technologies en matière de création textile, marche à grands pas dans not’ salon en s’enfargeant pas vraiment dans les fleurs du tapis : LES MICROFIBRES.

C’EST QUOI, UNE MICROFIBRE?

Eh bien, ça le dit dans le mot, c’est une petite fibre…

Mais encore?

Les microfibres sont issues de la dégradation lente et assez normale d’une fibre textile, qu’elle soit naturelle ou non. Cette dégradation s’opère principalement à force de laver (à la laveuse, surtout celles à chargement vertical) et de sécher mécaniquement les vêtements. La fibre, le fil tissé donc, subira des attaques et s’effilochera tranquillement, ce qui affaiblira la trame qui finira par se déchirer. De nos jours cependant, rares sont les personnes qui se rendent jusque-là, la mode dictant des changements saisonniers à notre garde-robe.

Les microfibres sont donc de petites fibres textiles de moins de 5mm, minuscules et invisibles à l’œil nu, qui quittent nos maisons pour aboutir dans les systèmes de traitements des eaux de nos villes. Elles sont petites et en si grande quantité que même si les filtres des usines d’épuration en retiennent beaucoup (de 62 à 95%, selon les différentes installations des différentes municipalités), la quantité rejetée dans l’environnement demeure énorme. Y’a un cool vidéo de The Story of Stuff à ce sujet, c’est en anglais, mais y’a plein d’images et tu peux le visionner en cliquant ici.

SO WHAT?

Bien que les microfibres de coton et de laine puissent elles aussi causer préjudice à la faune et la flore aquatique, le problème provient principalement des microfibres de textiles synthétiques comme le polyester, le nylon, la rayonne. Elles sont en fait considérées comme un type de microplastique. Pis le plastique, on n’aime pas ça.

LE MAUDIT POLYESTER

Le polyester, c’est fait avec du pétrole, yup. L’industrie pétrochimique produit des polymères sous forme de granulés qui sont ensuite fondus et pressés à travers de minuscules trous. Y’a un épisode (5 minutes d’écoute) de « Comment c’est fait » sur le polyester recyclé, tu peux y accéder en cliquant ici.

À chaque étape, de l’extraction du pétrole à la distribution de vêtement fini, la production de polyester, d’acrylique, de nylon, de rayonne, utilise une grande quantité de produits chimiques, nocifs pour les personnes qui travaillent dans de mauvaises conditions et sans équipements de protection à sa production, tout comme pour l’environnement. Par exemple, l’empreinte carbone d’un t-shirt en polyester est de 5,5 kg, alors que celle d’un t-shirt en coton, 2,1 kg.

Pis là, arrive la fast fashion dans le décor, et tout devient mille fois pire : la quantité de vêtements en tissu synthétique produits annuellement dépasse maintenant celle en tissu naturel… de quoi donner des frissons dans le dos! Les microfibres de plastique issues du lavage domestique et industriel des vêtements se ramassent donc dans nos cours d’eau, dans les océans, mais aussi dans nos écosystèmes terrestres, et sont actuellement responsables d’environ 15 à 31 % des 9,5 millions de tonnes de plastiques déversées chaque année dans la mer selon l’UICN.

Fait que, dans le fond, la fast fashion fait en sorte que les gens consomment de plus en plus cheap, en plus grande quantité, et se débarrasse ensuite de leur mauvaise conscience de leur trop plein de vêtements à la friperie, se disant qu’ils et elles sont smattes de donner ça aux pauvres (pis là, on s’entend, c’est PARFAIT d’aller porter les choses que nous n’utilisons plus à la friperie, j’voulais juste parler du cliché de la surconsommation là).

Mais ce qu’il se passe réellement, c’est une production effrénée de textile polluant (qui ne se dégraderont JAMAIS) pour répondre à une demande grandissante en vêtements qui ne coûtent pas cher qu’on se procure pour être cool, demande nourrie par la publicité, les modes, les saisons.

QU’EST-CE QUE ÇA FAIT DE MAL, LES MICROFIBRES DE PLASTIQUE?!

C’EST LE DIABLE INCARNÉ. C’est une des problématiques environnementales les plus importantes à l’heure actuelle, particulièrement à cause de leur impact sur à peu près tous les écosystèmes.

J’exagère à peine.

Les microplastiques sont des particules qui absorbent les éléments toxiques de leur environnement (grâce à leur biodisponibilité), les accumulent, devenant de petits morceaux de plastiques ultra toxiques, et ils sont ensuite intégrés dans les écosystèmes à force d’être consommés par les petits organismes. Fait que oui, ça peut même remonter jusqu’à nous autres! En gros, ça joue vraiment fort sur la santé de nos grands écosystèmes, déjà sous pression par l’activité humaine.

On en retrouve à la fois dans les poissons et les animaux aquatiques, mais parfois également dans l'eau que l'on consomme! Selon le WWF, un individu consomme en moyenne l'équivalent de 5g de plastique par semaine, soit genre une carte de crédit. Eurk.

PIS LES PRODUITS MINUIT MOINS CINQ LÀ-DEDANS?

marille embrasse une pile de vieux jeans

À Minuit moins cinq, notre job c’est de récupérer le textile que les gens nous donnent. Certes, on choisit généralement les textiles naturels, mais le coton pur est de plus en plus rare. En plus, nos textiles sont plus vieux et auront tendance à perdre plus de microfibres qu’un vêtement neuf.

Malgré tout, on détourne près d’une tonne de textile du dépotoir de l’Anse-Saint-Jean, c’est immense pour une petite coop comme nous! On crée des accessoires textiles produits dans un milieu de vie créatif, novateur et inclusif.

La fast fashion crée énormément d’embûches à l’atteinte de nos objectifs environnementaux, à la fois en tant qu’individu et en tant que société. C’est son existence et sa perpétuité que nous devons questionner et combattre au mieux de nos connaissances, de nos capacités, de notre énergie.

AAAHH. ON FAIT QUOI D’ABORD?

Y’a quand même des solutions à notre portée de p’tite personne toute nue, et des solutions plus grandes auxquelles nous nous devons de réfléchir. Ça implique des changements personnels, mais aussi des changements institutionnels qui peuvent être atteints grâce à la pression populaire, comme le bannissement depuis 2017 des microbilles dans les cosmétiques au Canada, ou grâce à des études scientifiques pertinentes et indépendantes.

Par exemple, dans la région des Grands Lacs, Lisa Erdle, doctorante au laboratoire Rochman de l’Université de Toronto, dirige un projet pilote dans la petite ville de Parry Sound, où, pendant 2 ans, des filtres seront installés dans les maisons et l’impact de ces installations sera suivi de près. La présence de microfibres dans les lacs est bien documentée : ces mêmes fibres ont été retrouvées dans les truites des lacs Huron et Ontario. Et si l’installation de filtre par les fabricants de machines à laver devenait obligatoire, comme en France à partir de 2025 ?

Y’a aussi le professeur Patrick Drogui et son équipe de l’Institut national de la recherche scientifique qui viennent de mettre au point un procédé de traitement des eaux usées permettant de dégrader les microplastiques présents dans les eaux usées. Le travail de recherche n’est certes pas terminé, mais c’est un grand pas dans l’amélioration de la gestion de nos résidus textiles, n’est-ce pas?

Aux États-Unis, il y a également un appel à l'innovation pour contrer cette grande problématique environnemental par un groupe de recherche privé.

QUELQUES TRUCS POUR LA MAISON

  • Adapter ses pratiques.

Je sais, on le dit tout le temps, mais se regarder un peu le nombril et apporter quelques changements dans nos habitudes, ça peut faire une certaine différence (même si je crois plutôt en l’action collective qu’en l’acte individuel).

            -Laver à l’eau froide;

            -Laver moins souvent, essayer de laver les taches à la main;

            -Réduire le temps de lavage;

            -Laver les textiles plus solides séparément des textiles plus souples;

            -Sécher le plus possible à l’air libre;

            -Utiliser un détergent avec un pH neutre, sans eau de Javel;

  • Si tes moyens te le permettent, changer ta laveuse à chargement vertical pour une à chargement frontal;
  • Acheter un sac anti-microfibres (comme le Guppyfriend Bag) et/ou ajouter un filtre directement sur la sortie d’eau de la laveuse comme celui-ci;
  • Acheter des vêtements en textile naturel et/ou à des compagnies qui ont des procédés de fabrication moins polluants.
  • Réfléchir à tes achats! Comme rouler ta langue dans ta bouche 7 fois avant de parler, tu peux prendre une pause avant d'effectuer un achat, et te questionner sur sa provenance, sa fabrication et sur ton réel besoin d'acquérir cet objet.
changement de pratiques à la maison
Crédit image: www.guppyfriend.com

TU VEUX T’IMPLIQUER? C’est possible!

L’organisme Poly-mer « est un organisme à but non lucratif qui travaille sur des solutions face aux microplastiques dans les cours d’eau du Québec ». Leur mission est de « comprendre l’ampleur de la pollution par les microplastiques, grâce à la technologie et la science participative ».

La science participative, c’est quoi? C’est le concept que tout le monde peut être un p’tit un chercheur ou une chercheuse! Ça veut dire que quand tu vas faire ton trip de kayak dans telle ou telle rivière, tu peux prendre des échantillons de l’eau et les faire parvenir à l’organisme.

Va faire un tour sur leur site ici ! (On dirait qu’ils et elles sont moins actives sur les réseaux sociaux, je ne sais pas si l’organisme est encore très présent, genre un résultat de la pandémie…?).


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